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Se connaître pour connaître son Seigneur

connaissance de soi

Le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui connaît son âme, c’est-à-dire lui-même, connaît son Seigneur (Rabb). » La connaissance du Seigneur est donc étroitement liée à la connaissance de soi. En d’autres termes, la connaissance du créé conduit à la connaissance de l’Incréé, et celle de la créature à celle du Créateur.

Cette parole, célèbre dans la tradition soufie, a fait couler beaucoup d’encre. De nombreux saints en ont proposé des commentaires et des interprétations diverses. Cependant, il est parfois difficile de s’orienter parmi toutes ces explications. En effet, nombre de commentaires sont formulés dans un langage codé ou s’adressent à une élite familiarisée avec leur terminologie. Dès lors, comment le simple cheminant peut-il comprendre cette réalité de manière accessible ?

Il est certes difficile d’expliquer simplement de telles réalités, mais on peut commencer par dire ceci : pour découvrir ce que l’on est véritablement, il faut également découvrir ce que l’on n’est pas.

En effet, la connaissance de soi est inséparable de la connaissance de ce que l’on n’est pas. L’homme n’est pas Dieu, et Dieu n’est pas homme. Le serviteur demeure le serviteur, et le Seigneur demeure le Seigneur. Plus l’homme découvre la réalité de sa condition, plus il reconnaît sa pauvreté, sa dépendance et son besoin absolu de Celui qui lui donne l’existence.

Lorsque l’homme apprend à se connaître, son existence ne change pas en elle-même ; c’est plutôt son ignorance qui s’éteint progressivement, tandis que sa conscience s’élève. C’est pourquoi ceux qui se sont véritablement découverts ne paraissent extérieurement en rien différents des autres hommes, alors qu’intérieurement ils sont devenus des univers sans fond. On pourrait même dire que se souvenir de ce que l’on est véritablement, c’est commencer à être réellement vivant.

Ce hadith met également en évidence l’importance de deux connaissances : la connaissance d’Allah et la connaissance de Sa création. La voie dans laquelle la connaissance de la création précède la connaissance d’Allah est celle des cheminants (sālikūn), tandis que la voie dans laquelle la connaissance d’Allah précède celle de la création est celle des attirés (majdhūbūn).

En effet, le cheminant (sālik) observe, médite, lutte contre son âme, traverse les degrés du chemin et, à travers les signes et les manifestations, s’élève progressivement vers la connaissance de leur Source. Tandis que l’attiré (majdhūb) est d’abord saisi par une attraction divine (jadhb), puis revient vers les réalités créées afin de les comprendre à la lumière de ce qui lui a été dévoilé.

La connaissance de soi est ainsi la clé qui mène à la connaissance de Son Seigneur. C’est notamment le degré de connaissance que l’homme possède de lui-même qui distingue l’élite spirituelle du commun des hommes. Cette connaissance lui permet de découvrir sa réalité propre, ce « petit monde » qu’il porte en lui. Ainsi, l’homme découvre d’abord les réalités rassemblées en lui, puis leur déploiement dans le grand Univers.

Mais la connaissance d’Allah est liée à la connaissance de l’Univers et de l’Existence. Celui qui est entièrement dépourvu de cette connaissance ne peut parvenir à la connaissance parfaite d’Allah, c’est à dire des manifestations par lesquelles le Seigneur Se fait connaître à Ses créatures. Elle consiste notamment dans la compréhension et la maîtrise des différents degrés qui constituent l’Existence. Elle permet ainsi de découvrir la réalité l’Univers, ce « grand monde » dont l’être humain constitue comme une synthèse.

Ainsi, l’homme est un petit univers et l’Univers est comme un grand homme. Celui qui apprend à lire l’un découvre progressivement les secrets de l’autre.

À mesure que cette connaissance s’approfondit, le cheminant découvre le Seigneur de l’Univers. Et selon le degré de sa réalisation, il accède à une compréhension toujours plus profonde de la Vérité (al-Ḥaqīqa) et du véritable tawḥīd enseigné et réalisé par les prophètes et les messagers.

Ainsi, plus le serviteur se découvre, plus il découvre sa pauvreté ; plus il découvre sa pauvreté, plus il reconnaît la Richesse absolue de son Seigneur. Plus il découvre son impuissance, plus il contemple la Puissance divine. Plus il reconnaît que son existence est reçue, plus il prend conscience de Celui par qui toute chose subsiste.

La connaissance du Seigneur de l’Univers est donc étroitement liée à la contemplation de Ses manifestations à travers les différents degrés de l’Existence. À travers celles-ci, le cheminant découvre les effets des Noms et des Attributs divins, tandis que l’Essence divine demeure, en Elle-même, au-delà de toute saisie et de toute détermination. La science qui englobe l’ensemble de ces connaissances est appelée la science de la Ḥaqīqa, la science de la Réalité ou de la Vérité.

 

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