C’est l’un des voyages et l’une des ascensions les plus impressionnantes de l’histoire des prophètes. On comprend alors que ce n’est pas un hasard s’il est le père des monothéistes et, par conséquent, des prophètes. Sa doctrine est fondée sur la quête du Vrai en tout instant, par amour et attachement à Lui. C’est peut-être le cas de tous les prophètes, mais Sayyidunā Ibrāhīm possède cela comme une particularité inhérente à sa réalité.
D’abord, étant enfant, il ne cessait de se questionner sur la réalité de ce monde et réalisa très tôt qu’il fallait nécessairement qu’il y ait une Force à l’origine de toute chose et qui soit le Seigneur absolu. Il ne trouvait aucun sens au fait que des gens puissent fabriquer des statues pour ensuite les considérer comme des divinités capables de leur apporter un quelconque profit.
Il comprit par là qu’il partageait avec son peuple le même désir qui l’animait, mais que ce dernier était endormi par l’histoire et l’attachement aux ancêtres. Prendre quelque chose ou quelqu’un pour divinité revient à reconnaître que l’on est soi-même faible et que l’on a besoin d’un être supérieur vers lequel se tourner. Cela est profondément ancré dans la nature de l’homme.
Lorsque Sayyidunā Ibrāhīm réalisa cela, il connut son fameux éveil, qui constitue en réalité le début de son cheminement vers la certitude. Il quitta très vite ce monde de pesanteur pour se concentrer sur l’au-delà, sur les cieux.
Il y fut alors invité par la porte du Malakūt (le Royaume céleste), qui correspond en réalité à la sphère où se trouve la planète Vénus. C’est le centre du monde imaginal, et tout ce qui touche à la méditation entre donc dans ce cadre.
D’ailleurs, lors de son observation des astres, c’est le premier qu’il remarqua et il dit : « Ceci est mon Seigneur. » L’utilisation du terme hādhā en arabe nous montre que ce qu’il voyait était proche de lui ; sinon, il aurait dit dhālika. Cela nous montre effectivement que nous sommes ici dans le domaine de l’imaginal pur, où l’espace-temps se contracte, même s’il voyait ces astres de ses propres yeux.
Cela nous arrive lorsque nous parlons à une personne que nous aimons particulièrement et qui se trouve éloignée, mais que nous parvenons à imaginer comme si elle était présente devant nous.
Lorsque l’astre disparut, sachant que le Seigneur est nécessairement Présent et ne peut disparaître, il comprit alors que cet astre n’existait pas en réalité par lui-même.
Lorsqu’il vit la lune reflétant la lumière du soleil, il crut que là se trouvait son Seigneur. Cette dernière, avec ses différentes phases, à mesure qu’elle entre dans une demeure ou mansion, fit comprendre à Sayyidunā Ibrāhīm qu’il existe un chemin bien précis suivi par la lune et que celle-ci est elle-même soumise à une loi supérieure.
C’est pourquoi il parla de guidance en voyant la lune disparaître. Les principes du tawḥīd commencent alors à se manifester progressivement, avec les attributs dits nécessaires et ceux qui sont contingents.
Lorsque le soleil apparut, il vit que c’était lui qui illuminait la lune et que son rayonnement manifestait sa prééminence parmi les astres dont dépendent les autres. Il représente le feu dans toute sa splendeur. La symbolique du feu nous rappelle tout ce qui touche à la certitude.
Le soleil est incontestablement une source lumineuse primaire, mais le problème est que lui aussi disparut à un moment donné. Ou plutôt, c’est la Terre qui se détourna de lui.
Sayyidunā Ibrāhīm comprit alors que ce qu’il recherchait était au-delà des directions. C’est pourquoi il employa le terme wajh, qui désigne ici son orientation essentielle. Il tourna cette dernière exclusivement vers ce qui transcende le domaine imaginal.
Dès lors, il commença à réaliser que c’était lui-même le grand absent de ce spectacle. Il commença alors à rassembler chaque atome de son être jusqu’à sortir complètement de cette illusion. Cela correspond à sa sortie du Malakūt et à la réalisation de sa première certitude.
Juste après le Malakūt se trouve le feu de l’Enfer, dont Allah dit que nous le verrons avec « l’œil de la certitude » (ʿayn al-yaqīn), et au-dessus duquel se trouve le Ṣirāṭ. La description de ce pont montre la dangerosité de cet endroit et la délicatesse requise pour en sortir indemne.
La nouvelle découverte du Prophète Ibrāhīm, paix sur lui, fit qu’il ne cessa d’être attiré par le feu jusqu’à ce qu’il y soit jeté. La parole « Allah me suffit » (ḥasbiya Allāh) correspond alors à la clé permettant de traverser ce pont dangereux, suivant ainsi la logique de son attachement à l’Essence dès sa sortie du Malakūt.
Il y trouva fraîcheur et paix, deux facilités après une difficulté. Cela correspond donc à un élargissement de la poitrine, tel qu’évoqué dans la sourate ash-Sharḥ, et ainsi à un nouveau degré de certitude.
Il fut ensuite éprouvé à de nombreuses reprises, jusqu’à l’épreuve ultime, qui consistait à se soumettre totalement à l’ordre de son Seigneur. Il répondit alors : « Je me soumets au Seigneur des mondes. »
Cela constitue le but ultime de tout cheminant et lui valut d’être l’équivalent de toute une communauté, un représentant, un khalīfa de Son Bien-Aimé.
À tous ceux qui ont emprunté ce chemin : celui-ci ne sera pas facile et sera rempli de pièges, mais son terme est heureux et, surtout, véritable. Il ne faut jamais désespérer et il faut savoir que le soleil et la lune que Sayyidunā Ibrāhīm avait contemplés sont toujours là.
À nous d’être présents afin que ceux-ci disparaissent en nous emportant avec eux dans le néant, pour laisser place au khalīfa, au vicaire, qui n’est lui-même que le reflet de Celui qu’il représente.
Il n’y a aucun bonheur en dehors de cela, car tout est voué à périr, excepté Sa Face (wajh).
Qu’Allah nous facilite cela à tous, et cela est chose aisée pour Lui.
Al-ḥamdu li-Llāh !
Sayyid Almamy Ibrahim — 31/12/2024

