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L’Homme Universel – Al Insanul Kamil

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Un frère questionna le Cheikh à propos de la réalité de l’Homme universel (al-Insān al-Kāmil).

Le Cheikh ʿAbd ar-Razzāq répondit en ces termes :

« Concernant l’Homme universel (al-Insān al-Kāmil), il existe deux prototypes : Sayyidunā Ādam, paix sur lui, et Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui.

Étymologiquement, al-Insān al-Kāmil se traduit par « l’Homme parfait », mais sa traduction la plus juste, dans le sens qui nous intéresse ici, est « l’Homme universel ».

Par définition, il est celui qui englobe toutes les réalités de l’Univers, depuis la première descente, ou le premier degré de la création, qui est la Plume (al-Qalam), également appelée l’Intelligence première (al-ʿAql al-Awwal), jusqu’à la dernière descente, ou au dernier degré de la création, qui est l’Homme universel lui-même. Celui-ci est le symbole du Coran personnifié.

À ce propos, la Mère des croyants, Sayyidatunā ʿĀʾisha, qu’Allah l’agrée, fut interrogée au sujet du caractère du Prophète, paix et salut sur lui. Elle répondit : « Son comportement était le Coran » (kāna khuluquhu al-Qurʾān).

Pour que l’homme atteigne ce degré, il lui est dès lors nécessaire de revenir au modèle parfait qu’est le Prophète, paix et salut sur lui.

En somme, il doit évoluer jusqu’à rejoindre le rang des Muḥammadiyyūn, c’est-à-dire ceux qui s’abreuvent directement à la source qu’est le Prophète Muḥammad, paix et salut sur lui.

Cependant, l’archétype pur de l’Homme universel se retrouve chez les deux prophètes évoqués précédemment : Sayyidunā Ādam, paix sur lui, et Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui.

Concernant le premier, Sayyidunā Ādam, paix sur lui, Allah dit dans le Coran, dans la sourate al-Baqara : « Et Il apprit à Ādam tous les noms » (Coran, 2:31).

Dès lors, son être est lié à l’ensemble de la création, de la lettre Alif jusqu’à la lettre Wāw. Toute chose étant une manifestation des Noms et des Attributs divins, Ādam est donc, par sa nature même, kāmil, c’est-à-dire universel et accompli.

Concernant le second, Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui, sa perfection se manifeste dans son cheminement et, plus particulièrement, dans la réalisation de son tawḥīd.

L’évolution du tawḥīd — l’affirmation de l’Unicité d’Allah — chez Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui, à travers sa contemplation de l’étoile, de la lune puis du soleil, constitue un récit coranique profond illustrant sa quête intellectuelle et spirituelle de la Vérité. Ce récit est mentionné dans la sourate al-Anʿām (6:75-79).

Ainsi, à travers une démarche à la fois rationnelle et spirituelle, Sayyidunā Ibrāhīm fait usage de la raison pour rejeter l’idolâtrie. Il démontre que les astres, malgré leur grandeur apparente, ne sont eux-mêmes que des créatures soumises à Allah. Il proclame finalement son tawḥīd en disant :

« Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé les cieux et la terre, en pur monothéiste. » (Coran, 6:79)

Ce récit montre que Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui, n’a pas accepté la foi par simple habitude, mais qu’il a cheminé à travers une recherche sincère et intellectuelle de la Vérité. Nous retrouvons ainsi l’un des archétypes de l’Homme universel dans le cheminement de Sayyidunā Ibrāhīm.

Durant le Voyage nocturne et l’Ascension céleste (al-Isrāʾ wa-l-Miʿrāj) du Prophète, paix et salut sur lui, celui-ci rencontra, au premier ciel, le prophète Ādam, paix sur lui. Notons que c’est également au ciel de ce monde que le Coran fut descendu dans son intégralité avant d’être révélé progressivement au Prophète au cours des vingt-trois années de sa mission prophétique.

Au septième ciel, le Prophète rencontra Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui, qui enseigne le Coran aux enfants musulmans morts avant d’avoir atteint l’âge de la responsabilité religieuse. Nous observons ainsi une correspondance entre ces deux cieux associés à ces deux nobles prophètes.

Nous pouvons également relever une certaine correspondance entre le deuxième ciel — demeure de Sayyidunā ʿĪsā et de Sayyidunā Yaḥyā, paix sur eux — et le sixième ciel, associé à Sayyidunā Mūsā, paix sur lui ; de même qu’entre le troisième ciel, associé à Sayyidunā Yūsuf, paix sur lui, et le cinquième ciel, associé à Sayyidunā Hārūn, paix sur lui.

Seul le quatrième ciel, associé à Sayyidunā Idrīs, paix sur lui, possède une réalité propre et singulière par rapport aux autres. Il représente le centre et l’axe autour duquel tout gravite, conformément à la parole coranique : « Chacun vogue dans une orbite. »

Il constitue ainsi le centre de cette organisation cosmique. C’est pourquoi le Pôle de l’époque (Quṭb az-Zamān) est le maẓhar — le lieu de manifestation — de Sayyidunā Idrīs, paix sur lui. »

Ainsi, la différence entre les perfections de ces deux prototypes de l’Homme universel réside dans le fait que Sayyidunā Ādam, paix sur lui, incarne la perfection dans sa nature originelle, ayant été créé et façonné directement par Allah, le Tout-Miséricordieux, tandis que Sayyidunā Ibrāhīm, paix sur lui, incarne l’Homme universel à travers son cheminement.

Le premier découvre sa nature primordiale et la réalité de son être, conformément à la parole : « Quiconque connaît son âme connaît son Seigneur » (man ʿarafa nafsahu ʿarafa Rabbahu).

Cette perfection adamique nous enseigne que le cheminant découvre ce que le Tout-Puissant a placé en lui. Cette découverte oriente alors ses efforts dans le cheminement jusqu’à la connaissance du Seigneur de l’Univers, laquelle constitue la perfection représentée par le second modèle.

À chaque prière obligatoire et à chaque récitation de la Fātiḥa, le cheminant demande la réalisation de cette perfection lorsqu’il prononce : « Guide-nous sur la voie droite » (ihdinā aṣ-ṣirāṭ al-mustaqīm).

De même, dans la récitation de la Prière de l’Ouverture (Ṣalāt al-Fātiḥ), le cheminant formule cette demande lorsqu’il demande à Allah de prier sur le Prophète, paix et salut sur lui, « celui qui guide vers Ta voie droite » (al-hādī ilā ṣirāṭika al-mustaqīm).

Le Prophète, paix et salut sur lui, est le guide des élus qui ont bénéficié de l’ouverture de ce qui était clos : al-Fātiḥ li-mā ughliqa (« celui qui ouvre ce qui était clos »). Cette ouverture s’accompagne également d’une fermeture de l’âme à tout ce qui relève des bassesses et des vices de l’âme incitatrice au mal (an-nafs al-ammāra bi-s-sūʾ).

Il est également celui par lequel ceux qui ont reçu le secours divin — à travers la manifestation des lumières de la guidance divine — sont secourus par le Vrai au moyen de la Vérité : nāṣir al-ḥaqq bi-l-ḥaqq (« celui qui soutient la Vérité par la Vérité »).

La capacité de réaliser cette perfection n’est donc pas le simple fruit de l’adoration ou des efforts humains. Elle relève avant tout d’une élection divine et constitue une faveur immense accordée au cheminant. »

Le 29 Juillet 2022

(Transcription par Sayyid Gora Sall at-Tijānī)

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