La prière sur le Prophète ﷺ est soumise à une condition fondamentale : la présence du cœur. Cette condition est d’ailleurs l’âme de tout acte d’adoration. Elle demeure néanmoins extrêmement difficile à atteindre sans un cheminement spirituel accompli, à moins qu’Allah, par Sa grâce infinie, ne l’accorde comme un don à qui Il le désire.
Sīdī al-Ḥājj ʿAlī al-Ibsīkī, qu’Allah l’agrée, interrogea un jour Sīdī al-Ḥusayn al-Ifrānī, qu’Allah l’agrée :
« Quel est le remède pour celui dont l’esprit est entraîné par la distraction ? »
Sīdī al-Ḥusayn, qu’Allah l’agrée, lui répondit :
« Tu m’as trouvé en train de chercher moi-même un remède à cette maladie. Lorsque je le découvrirai, je t’en ferai part. Et Allah en sait davantage. »
Cependant, notre maître Sīdī Aḥmad at-Tijānī, qu’Allah l’agrée, a indiqué ce qui peut aider à atteindre cette présence intérieure : se représenter l’image du Prophète ﷺ. Cette représentation doit reposer sur des bases solides et authentiques. Ainsi, le disciple se doit d’étudier la biographie du Prophète ﷺ, ses qualités physiques et morales (shamāʾil), ainsi que sa manière d’être, à travers les récits authentiques transmis et rapportés par les savants.
Je précise que cette méthode n’est pas ouverte à tout le monde, car beaucoup de disciples retombent dans leurs propres imaginations.
En effet, le fait d’imaginer, à partir de sa propre pensée, des choses qui n’ont aucun fondement réel peut conduire à ce que le Cheikh appelait « l’imagination mensongère ». Car beaucoup de personnes confondent cette présence du cœur avec une imagination provoquée.
Le cheminant qui se trouve dans l’incapacité de réaliser cette représentation doit se concentrer autant que possible sur la récitation et sur le sens profond des formules, comme le rappelait Sīdī al-Ḥājj Mālik Sy, qu’Allah l’agrée, dans sa Fākihat aṭ-Ṭullāb.
Cette méthode, combinée à celle de la maîtrise du souffle — c’est-à-dire réciter le plus grand nombre possible de ṣalawāt en une seule inspiration —, est vivement recommandée par Sīdī ʿAbd ar-Razzāq Bā, qu’Allah l’agrée, dans l’introduction de son livre Les Perles du cœur.
Elle permet, en effet, de charger le cœur d’un afflux spirituel intense, lequel génère une chaleur intérieure qui brûle progressivement les voiles qui l’obscurcissent, hâtant ainsi la libération de la perle du dhikr, cette lumière cachée qui nous propulse vers cette présence intérieure tant recherchée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est déconseillé de boire de l’eau immédiatement après l’accomplissement de ses litanies.
Enfin, pour faciliter tout cela, il convient au cheminant de se conformer à la Sharīʿa et à la Sunna du Prophète ﷺ.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Lorsque le serviteur commet un péché, un point noir est apposé dans son cœur. S’il se repent, se détourne du péché et implore le pardon, son cœur est purifié et redevient brillant. Mais s’il persiste et augmente dans le péché, ce point noir s’étend et s’accroît jusqu’à recouvrir entièrement son cœur. C’est là le “rān” dont Allah le Très-Haut a dit : “Non ! Mais ce qu’ils ont accompli a recouvert leurs cœurs d’une rouille.” »
Ce rān — cette rouille ou souillure accumulée au fil des péchés — forme un voile opaque qui obstrue le cœur et empêche l’émergence de la perle du dhikr, enfouie dans les profondeurs cachées de cet espace intérieur.
Sayyid Hajj Malick Sall — 05/06/2024

