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Les Sciences muhammadiennes propres aux Awliyāʾ

111 sciences muhamadiennes

L’Essence du Prophète ﷺ, la Ḥaqīqa al-Muḥammadiyya (Réalité muhammadienne), est un trésor de sciences, de lumières, de connaissances et de perfections dont la totalité demeure inaccessible à toute créature autre que le Prophète ﷺ lui-même. En elle se manifestent des théophanies provenant directement de l’Essence divine, au degré de l’Aḥadiyya — l’Unicité absolue. Parmi elles se trouvent 111 flux de sciences qui se déploient dans la Réalité muhammadienne.

Ces 111 flux de sciences provenant de l’Essence divine, au degré de l’Aḥadiyya, et se manifestant dans la Ḥaqīqa al-Muḥammadiyya sont appelés al-ʿUlūm al-Muḥammadiyya, les Sciences muhammadiennes. Parmi ces sciences, seules 72 sont accessibles à l’élite spirituelle dont la réalité se situe au-dessus même de celle des pôles spirituels (aqṭāb). Il s’agit des Mafātīḥ al-Kunūz (les Clefs des Trésors) et de ceux qui viennent après eux, c’est-à-dire ceux qui ont atteint la station du Khatm. Malgré l’immensité de leur degré, leur héritage ne dépasse pas 72 de ces sciences.

Dans toute l’Existence, en dehors du Messager d’Allah ﷺ et de ses compagnons, seuls deux saints ont reçu la grâce particulière d’hériter de la totalité des 111 Sciences muhammadiennes, que le Prophète ﷺ leur a lui-même accordées : Shaykh Aḥmad al-Tijānī, qu’Allah l’agrée, et son Khalife suprême, Sīdī ʿAlī Ḥarāzim Barrāda, qu’Allah l’agrée. Ils sont eux-mêmes l’essence de la Khatmiyya. Cependant, aucun d’eux ne réalise ces 111 sciences comme le Prophète ﷺ lui-même. Autrement dit, ils les réalisent différemment et, à chaque niveau, d’une manière moindre que lui. Une même science peut en effet être réalisée selon des degrés et des profondeurs différents.

La recommandation que le Prophète ﷺ adressa à Shaykh Aḥmad al-Tijānī au sujet de Sīdī ʿAlī Ḥarāzim sous-entend qu’ils possèdent la même station, tout en la réalisant différemment :

« Ô Aḥmad, demande conseil à ton serviteur et à ton bien-aimé le plus réputé, ʿAlī Ḥarāzim, car il est pour toi au rang de Hārūn auprès de Mūsā. »

En effet, Sayyidunā Mūsā et Sayyidunā Hārūn étaient tous deux prophètes, malgré la grande différence de degré prophétique entre eux. Leur relation est particulièrement significative, puisque Sayyidunā Mūsā demanda explicitement à Allah que Sayyidunā Hārūn devienne son auxiliaire dans sa mission. Lorsqu’il reçut l’ordre d’aller vers Pharaon, il demanda à Allah :

« Et assigne-moi un auxiliaire (wazīr) de ma famille : Hārūn, mon frère. Accrois par lui ma force et associe-le à ma mission. »
(Coran 20, 29-32)

De même, Sīdī ʿAlī Ḥarāzim est celui qu’Allah a associé à la mission de Shaykh Aḥmad al-Tijānī et par lequel Il a accru sa force. Shaykh Aḥmad al-Tijānī l’a nommé son Khalife de Qāf à Qāf, c’est à dire de la prééternité (azal) à la post-éternité (abad). Il a dit à son sujet :

« Ce que le Khalife a dit, je l’ai dit. »

Il a également dit :

« Il ne parviendra rien de moi que par l’intermédiaire de Sīdī al-Ḥājj ʿAlī Ḥarāzim. »

Cela signifie que les flux qui émanent de l’essence du Khatm al-Awliyāʾ, Shaykh Aḥmad al-Tijānī, sont recueillis par l’essence de Sīdī ʿAlī Ḥarāzim avant d’être transmis aux autres saints, chacun selon la mesure qui lui est destinée.

Le fait qu’il soit mort à Badr avant le décès du Shaykh représente un déplacement de sa mission terrestre vers le Barzakh, afin qu’il y remplisse sa fonction de Khalīfa al-Akbar (Khalife suprême). En effet, de son vivant, le Shaykh faisait évoluer ici-bas sa station céleste, à la manière de quelqu’un qui travaille et dépose le fruit de son travail sur un compte. Afin que la fonction de Khalife suprême puisse être pleinement activée, celui-ci devait être relié à l’Univers tout entier.

Lorsqu’il s’évanouit à Badr après avoir récité le Grand Nom, ses compagnons, pensant qu’il était mort, l’enterrèrent. Sīdī ʿAlī Ḥarāzim avait lui-même déclaré à Sīdī Ibrāhīm al-Riyāḥī :

« Celui qui possède la Connaissance, lorsqu’il prononce le Nom Suprême d’Allah (Ism Allāh al-Aʿẓam), il fond ; puis, lorsqu’il achève son dhikr, il revient à son état initial. »

Beaucoup considèrent le fait qu’il ait récité le Grand Nom puis se soit évanoui à Badr, au point que ses disciples aient cru à sa mort, comme un signe de faiblesse. Mais il n’en est pas ainsi. En réalité, il réalise, dans la récitation du Nom, ce que nul autre ne réalise. C’est pour cette raison que le Shaykh lui demanda de se rendre à Médine et de réciter le Nom devant la noble tombe du Prophète ﷺ. S’il avait récité le Nom en ce lieu, il aurait réalisé de son vivant la fonction de Khalīfa al-Akbar. Car aucun corps ne peut réaliser totalement ce Nom sans le madad provenant du corps du Prophète ﷺ. Tous ceux qui récitent le Grand Nom n’en réalisent en réalité qu’une infime partie. C’est la raison pour laquelle ils peuvent le réciter un grand nombre de fois sans éprouver de gêne considérable, tandis que celui qui le réalise parfaitement ne peut le réciter qu’un petit nombre de fois (entre une fois et dix-huit fois pour l’essentiel).

Quiconque pense réaliser le Grand Nom tout en le récitant plusieurs fois ne le sait pas, mais il est semblable à quelqu’un qui prononce des mots dépourvus de lumière et de sens. En réalité, si toutes les créatures de l’Univers récitaient le Grand Nom 70 000 fois chacun et que son dépositaire le récitait une seule fois, la différence entre leurs récitations serait comparable à celle qui sépare la lumière du Soleil de celle des étoiles. Le but n’est pas dans la connaissance du grand nom, mais dans la réalisation de sa station. Il existe donc, dans le décès de Sīdī ʿAlī Ḥarāzim à Badr, une grande sagesse divine : il devait poursuivre sa mission de Khalīfa al-Akbar dans le monde céleste, car c’est de ce monde que proviennent les lumières de la Présence divine.

Heureux celui qui reconnaît sa station, et malheureux celui qui la nie : il aura perdu un immense bienfait et sera privé d’une grande faveur ici-bas et dans l’au-delà.

Les 111 Sciences muhammadiennes sont, en réalité, contenues dans la lettre Alif, première lettre du Nom Suprême, dont elle constitue le secret. Toutes les autres sciences dérivent d’elle. Les saints (awliyāʾ) se distinguent alors selon la part de cet héritage qui leur est accordée allant d’une science à soixante-douze sciences. Quiconque hérite d’une seule de ces sciences hérite de la connaissance des Premiers et des Derniers, parmi les prophètes, les saints, les anges rapprochés et les autres créatures.

La première Science muhammadienne s’hérite dès que le cheminant accède à la station de la Fardāniyya, c’est-à-dire dès qu’il devient l’un des Afrād. C’est pour cette raison qu’ils sont appelés les Rapprochés (al-Muqarrabūn). On dit que les bonnes actions des saints appelés Abrār, qui se trouvent au commencement du cheminement, sont des fautes chez les Rapprochés. Cela tient au fait que ces derniers possèdent une compréhension naturelle de réalités qui demeurent voilées aux autres.

Lorsque le cheminant réalise pleinement la station des Afrād, il hérite de 8 Sciences muhammadiennes. Lorsqu’il atteint la Quṭbāniyya, il en possède 18. Ceux qui atteignent la Quṭbāniyya al-ʿUẓmā, ainsi que le Pôle de l’époque selon son degré, en possèdent entre 25 et 35. Au seuil de la station des Mafātīḥ al-Kunūz, le cheminant possède 50 sciences. Lorsqu’il réalise pleinement cette station, il hérite de 72 Sciences muhammadiennes.

Et Allah est plus Savant.

Parmi ces 111 sciences se trouvent notamment :

  • 1 science propre au Pôle de l’époque (al-Quṭb al-Fard al-Jāmiʿ) ;
  • 16 sciences propres à ceux qui réalisent la Quṭbāniyya al-ʿUẓmā sans détenir la station du Pôle de l’époque ;
  • 22 sciences que seule l’élite des Mafātīḥ al-Kunūz réalise ;
  • 10 sciences propres à tous ceux qui réalisent la station des pôles ;
  • 8 sciences propres aux Afrād ;
  • 5 sciences relatives aux influences cosmiques ;
  • 1 science portant sur les mouvements célestes et les cycles cosmiques, dans laquelle sont enfouis les secrets des Livres révélés et des connaissances qu’Allah a voulu transmettre aux créatures.

Cette dernière est la première Science muhammadienne. Il est rapporté de Shaykh Aḥmad al-Tijānī, dans Rawḍ al-Muḥibb al-Fānī, que celui qui en hérite comprend le mouvement des sphères et des astres. Cette première science, héritée au seuil de la station des Afrād, se compose elle-même de 72 parties, chacune étant à son tour divisée en 72 sous-parties.

Celui qui hérite de la totalité de cette première science hérite à la fois des sciences exotériques (ẓāhir) et ésotériques (bāṭin) et peut interpréter chaque verset du Coran selon une multiplicité de significations allant jusqu’à 72 sens.

La première de ses sous-parties englobe, quant à elle, la connaissance des sphères célestes (aflāk), des constellations (burūj) et des mouvements des astres (kawākib).

À cela s’ajoutent encore : 4 sciences relatives aux décrets divins ; 6 sciences relatives aux fondements de la Création ; 8 sciences propres au genre humain (ʿulūm Ādamiyya), liées au degré de la Wāḥidiyya dans le Hāhūt, qui correspond à la réalité du verset : « Et Il enseigna à Adam tous les Noms. » Et tant d’autres sciences, accessibles ou inaccessibles, connues ou méconnues, manifestes ou cachées, dont aucune intelligence humaine ne saurait mesurer entièrement l’étendue.

Allah dit :

« … et il ne vous a été donné que peu de science. »

L’ensemble de ces sciences est résumé dans 28 héritages, qu’Allah a préservés dans la réalité des 28 lettres. À chaque lettre, Il a assigné un ange chargé d’en préserver la réalité. Et seul celui qui a bu à ces 28 sources peut prétendre à la station du Khatm al-Wilāya al-Muḥammadiyya, le Sceau de la Sainteté muhammadienne.

— Sayyid ʿAbd ar-Razzāq Jibrīl

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